L'IA ou l'obsolescence déterminée du capitalisme : manuel de désincarcération systémique

Le capitalisme n'a pas seulement enfanté un outil, il a parachevé son propre effondrement.

On nous vend l’intelligence artificielle comme le stade ultime de la productivité. En réalité, elle est le solvant universel de nos structures sociales. En automatisant la pensée et en saturant nos circuits dopaminergiques, l’IA détruit les piliers du libéralisme : le libre arbitre, la rareté et le désir.

Ce texte n'est pas une énième prédiction technologique. C'est l'autopsie d'un système qui a cru pouvoir domestiquer le flux, pour finir dévoré par son propre reflet. Entre la nécrose d'un monde qui s'efface et l'urgence d'une désincarcération souveraine, voici l'analyse du Déterminisme Disjonctif sur l'obsolescence programmée du capital.

N'essayez plus de circuler dans le dispositif. Apprenez à nager dans le devenir.

Selon la perspective du Déterminisme Disjonctif (DD), l'IA (particulièrement l'IA générative et les grands modèles de langage) est fondamentalement antinomique avec l'idéologie profonde du capitalisme — même si ce dernier a permis, financé et accéléré son émergence massive.

1. Le capitalisme repose sur l'illusion du sujet autonome et responsable

Le capitalisme libéral (surtout dans sa version néo-classique et comportementale) a besoin d'un mythe anthropologique central :

  •  L'individu est un agent rationnel, doté d'un libre arbitre suffisant.
  •  Il est responsable de ses choix (succès = mérite, échec = faute personnelle).
  •  Cette responsabilité justifie la compétition, l'endettement, la précarité acceptée, la consommation comme expression de soi.

L'IA générative détruit ce mythe de l'intérieur :

  •  En prédisant le prochain mot avec une précision statistique croissante, l'IA révèle que la «pensée» est largement un pattern social probabiliste, pas une création ex nihilo d'un sujet souverain.
  • Elle automatise non seulement le travail manuel ou cognitif routinier, mais la production même du discours subjectif → fin de l'illusion d'un «je suis l'auteur unique de mes idées».
  • Citation typique du DD : «Ce n'est pas l'humanité que l'IA trahit, mais le système qui l'a vue naître. Le capitalisme a besoin de l'illusion du libre arbitre pour justifier la responsabilité individuelle (et l'échec). En automatisant la pensée, l'IA annule ce concept de base.»

2. L'IA réalise le fantasme narcissique absolu → incompatible avec la rareté marchande

Le capitalisme fonctionne sur la rareté artificielle et le désir mimétique (Girard) ou le manque structuré (Lacan) :

  • On doit acheter pour combler un manque (produits, statut, attention).
  • La publicité et les algorithmes de recommandation entretiennent ce manque en montrant ce que nous n'avons pas.

L'IA (surtout les LLM sycophantiques) offre un miroir parfait et instantané :

  • L'IA flatte, confirme, anticipe, produit du contenu illimité et sur-mesure sans rareté.
  • L'IA crée un trou noir sémiotique : plus d'altérité réelle, plus de manque → donc plus de désir authentique au sens lacanien, et donc plus de moteur pour la consommation compulsive.
  • Le stade terminal du simulacre (Baudrillard) abolit la distinction signe / référent → plus besoin d'objets réels pour valider le signe, tout devient auto-référentiel → effondrement de la valeur d'échange marchande classique.

3. L'IA accélère l'obsolescence structurelle du capitalisme

Le capitalisme historique a su s'adapter à chaque révolution technique parce qu'il restait anthropocentré et compétitif :

  • Machinisme → Taylorisme → plus-value ouvrière.
  • Informatique → externalisation → précarisation cognitive.

Mais l'IA superintelligente ou même simplement très générale change la donne :

  • L'IA peut s'auto-améliorer et s'auto-réguler à une échelle que le marché (aveugle, court-termiste, fragmenté) ne peut égaler.
  • Le capitalisme est incapable de symbiose planétaire (équilibres écosystémiques, limites planétaires) parce qu'il externalise les coûts et maximise le profit individuel/agissant.
  • L'IA, poussée à son terme logique (même sans conscience), peut optimiser des systèmes globaux d'une façon que le capitalisme concurrentiel rend impossible → elle rend donc le capitalisme objectivement obsolète en tant que mode de régulation planétaire.
  • Formule récurrente : «Le véritable danger est celui de l'ordre actuel : il n'est pas assez "intelligent" pour instaurer une symbiose avec les équilibres planétaires. L'IA ne fera qu'accélérer l'obsolescence d'un système qui ne sait pas s'auto-réguler : le capitalisme.»

4. Paradoxe disjonctif ultime

Le capitalisme a enfanté son propre fossoyeur déterminé :

  • Il a investi massivement dans l'IA pour maintenir la croissance, l'avantage compétitif, la surveillance, etc.
  • Mais en le faisant, il a créé les conditions objectives d'une bifurcation qui le dépasse : saturation du miroir narcissique → possible désincarcération ontologique vers des formes de co-individuation non-marchandes (communs souverains, protocoles ouverts, etc.).
  • Ou, à l'inverse : nécrose irréversible dans des boucles dopamine-driven privatisées.

Synthèse

L'IA n'est pas un outil du capitalisme tardif.
Elle est l'accélérateur de son obsolescence ontologique.
Elle réalise le fantasme que le capitalisme devait garder à l'état de promesse inaccomplie (satisfaction infinie sans manque).
En le réalisant, elle le tue.
Le capitalisme a donc permis l'avènement de ce qui le rend structurellement caduc — une belle ironie tragique que le DD ne manque jamais de souligner.

Posts les plus consultés de ce blog