La croisée foucaldienne : archéologie de la faille et biopolitique du flux

Le déterminisme disjonctif (DD), tel que théorisé par Naht Like You Think, trouve un ancrage profond dans la pensée de Michel Foucault, particulièrement dans ses analyses du pouvoir, de la gouvernementalité et des ruptures historiques. Ce n'est pas une filiation directe – le DD est une invention contemporaine – mais une "croisée" philosophique, où les idées foucaldiennes servent de lentille pour décrypter les instabilités systémiques et les bifurcations qualitatives. Je développe cela étape par étape, en m'appuyant sur les usages observés chez Naht Like You Think et sur des références foucaldiennes clés.

1. Fond commun : un déterminisme sans fatalisme linéaire

Foucault rejette les visions téléologiques de l'histoire (comme chez Hegel ou Marx), où tout suit une trajectoire inéluctable vers un but prédéterminé. Dans son archéologie du savoir (1969) et sa généalogie du pouvoir, il décrit des "discontinuités" : les épistémès (systèmes de pensée) se succèdent par ruptures brutales, non par évolution continue. Le pouvoir n'est pas une force univoque et centralisée (comme chez Hobbes), mais un réseau diffus, relationnel, qui produit des sujets et des vérités – tout est "déterminé" par des dispositifs historiques contingents.Le DD prolonge cela : "tout est déterminé" (par des chaînes causales, des appareils de pouvoir), mais "rien n'est voué" (car des disjonctions émergent aux points d'instabilité). Chez Foucault, ces points sont les "fissures" où le pouvoir rencontre des résistances, ouvrant à des bifurcations réelles. Par exemple, dans Surveiller et punir (1975), la prison comme dispositif déterministe produit paradoxalement des formes de contestation (délinquance organisée), créant une disjonction qualitative.

2. Le pouvoir comme production déterminée, mais disjonctive

Naht Like You Think invoque souvent Foucault pour critiquer l'idée d'une morale "innée" ou transcendante (contre Chomsky, par exemple). Dans un post récent, il affirme : "Foucault : il n’y a pas de morale innée qui résiste. Le pouvoir ne la corrompt pas… il la produit." Cela s'aligne avec le DD : le pouvoir détermine les normes morales (pas de libre-arbitre magique), mais cette production n'est pas univoque – elle génère des "trous" ou des "traces différées" où émerge une disjonction, permettant au "conatus" (force vitale, spinoziste chez Foucault via Deleuze) de percer le système. Foucault l'illustre dans son débat avec Chomsky (1971) : le pouvoir redéfinit même les "intellectuels critiques", comme le montre l'affaire Epstein impliquant Chomsky – "C'est Foucault qui l'emporte". Le DD lit cela comme une bifurcation : le système déterministe (pouvoir-savoir) produit sa propre contestation, mais à des nœuds critiques, il peut basculer (vers une "nécrose sociale" ou une réappropriation).

3. Applications politiques : néolibéralisme, biopolitique et fascisation

C'est dans l'analyse du néolibéralisme que le lien est le plus saillant. Dans son cours au Collège de France Naissance de la biopolitique (1978-1979), Foucault décrit le néolibéralisme comme un "art de gouverner" qui légitime l'État via l'économie (croissance, liberté marchande), contre les excès totalitaires. Mais ce système, apparemment tout-puissant, recèle des instabilités : il produit une "décroissance" de l'État (réduction bureaucratique), menant à sa "dislocation".

Naht Like You Think relie cela au DD : "Le néo-libéralisme avancé (Foucault) produit naturellement cette capture privée de l'État". Les élites tech (Musk, Thiel) cherchent une "exemption ontologique", capturant l'État minimal pour leur domination. Mais cette entropie libérale ouvre des disjonctions : la fascisation émerge non d'un État hypertrophié, mais de sa déliquescence, comme l'analyse Jean-Claude Monod via Foucault pour "Trump II". Ici, le déterminisme (néolibéral) n'est pas fatal ; il bifurque qualitativement vers l'autoritarisme (saisie partisane de l'exécutif, haine des minorités, dérégulation zombie).La biopolitique foucaldienne renforce cela : le pouvoir gère la "vie" (population, race, santé), déterminant les corps et les sujets. Mais dans le fascisme, cela devient racial-sélectif ; dans le néolibéralisme, "biolégitime" via le bien-être économique. Le DD voit ces dispositifs comme déterminés, mais instables – des points de rupture où surgit une "bifurcation fasciste" ou une résistance (contre-conduites foucaldiennes).

4. Critique de l'élitisme et de l'entropie libérale

Naht Like You Think utilise Foucault pour alerter sur l'"impunité ontologique" des élites : elles ne se cachent plus, produisant une "toute-puissance" apparente. Mais le DD, via les discontinuités foucaldiennes, révèle des failles : l'indignation comme outil de biopouvoir (diviser pour régner) n'est pas la révolte vraie. C'est une disjonction possible : le système détermine l'entropie (nécrose sociale), mais ouvre à des lignes de fuite qualitatives, loin du fatalisme ("de toute façon c'est foutu") ou du volontarisme naïf.

5. Différences et enrichissements mutuels

    •    Différences : Foucault est plus généalogique (tracer les origines contingentes du pouvoir) que déterministe au sens strict. Il évite le "déterminisme laplacien" pour insister sur la contingence historique.
    •    Enrichissements : Le DD "durcit" Foucault en un cadre ontologique : les résistances ne sont pas aléatoires, mais des bifurcations déterminées aux singularités systémiques. Inversement, Foucault fournit au DD des outils concrets (biopouvoir, gouvernementalité) pour analyser l'actualité (élitisme tech, fascisation).

En somme, le déterminisme disjonctif "foucaldisé" devient une arme contre l'illusion d'inéluctabilité libérale : les systèmes de pouvoir déterminent tout, mais leurs instabilités internes – dislocations, résistances – ouvrent à des bifurcations réelles, qualitatives, où l'impensable devient possible. C'est une lecture anti-fataliste, adaptée aux crises contemporaines.

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